"Open-office possède des pare-feux" - Christine Albanel
Sale temps sur Internet. Voilà MegaUpload enterré par le FBI, et la toile aussitôt de verser dans une « guerrilla » entre des partisans de la liberté individuelle sur le réseau et la puissance publique, qui y fait prévaloir le droit d’auteur. Sauf que rien de tout cela n’est arrivé par pur accident : les camps rassemblaient leur force depuis longtemps, et c’est donc en 2012 que la bataille éclate au grand jour.
Cette plongée dans le vocable guerrier (ripostes, contre-attaques, opérations…) pourrait sembler venu de nul part, à lire l’avalanche d’articles sur les piratages (modestes) des sites web de l’Elysée et de la Hadopi, ou de la Maison-Blanche, notamment par les Anonymous. Les lecteurs de la presse généraliste n’avaient que rarement entendu parler de Megaupload jusque-là.
Derrière cet affrontement volontiers présenté comme opposant des Etats respectables garants de la propriété intellectuelle à ces doux rêveurs de geeks à la Richard Stallman hackant au fin fond de leur garage (genre, quoi), ce sont les ayant-droits (maison de disque, maison de production de Hollywood) qui sont au cœur de cet affrontement, un peu comme la merguez cachée au fond du couscous mais qui lui donne sa raison d’être.
Des majors oligopolistiques qui tiennent des Etats tout-puissant en censeurs du web… Ceux qui se rappellent des aventures des 3 « héros » de la série Bidule ont constaté que la réalité avait rejoint, en ce mois de janvier 2012, ce formidable épisode sur l’appropriation d’Internet par le capitalisme.
Mais attention, la bataille de Megaupload, et globalement l’affrontement hackers / Etats, n’est pas une brusque lubie de l’actualité tombée du ciel. Megaupload semble surtout avoir fait les frais d’un galop d’essai des autorités américaines, après un entraînement consciencieux…
Face au piratage les Américains ne font vraiment pas dans l’improvisation. Pas seulement parce que les Etats-Unis avaient soigneusement préparé l’assaut contre le site star du direct download (jeudi soir, le FBI a saisi 18 noms de domaine, 50 milliards d’actifs sur 64 comptes en banques, notamment à Hong-Kong, et réalisé quatre arrestations et trois mandats d’arrêt internationaux, ainsi que bloqué plusieurs serveurs à travers le monde, tout cela donc en concertation avec les autorités de plusieurs pays).
Cette bataille ne vient qu’illustrer une déclaration de guerre de la Maison-Blanche itself datée de mai 2011. L’administration Obama avait alors prévenu s’autoriser « tous les moyens nécessaires, diplomatiques, informationnels, militaires et économiques, le cas échéant et conformément au droit international applicable, afin de défendre [leur] nation, (…) et [leurs] intérêts », face aux « actes hostiles dans le cyberespace » (comprendre : piratages divers). Et attaquer Hollywood, c’est donc attaquer Washington…
Et encore, le rapport envisageait clairement des interventions militaires « IRL », en dernier recours. De quoi faire passer l’opération anti-Megaupload pour du simple travail de secrétariat. Frapper vite, et fort : à l’administration américaine a tiré les leçons de Wikileaks et de la bronca des Anonymous. Pour aller au bout de la logique de disparition subite de l’adversaire, on est en droit de se demander si Kim Dotcom ne finira pas largué dans l’océan Indien…
2012 promet-elle d’être l’année de l’Armageddon numérique ? L’Etat hébreu en tout cas a averti, deux semaines avant la fermeture de Megaupload, par la bouche de Danny Ayalon, vice-ministre des Affaires étrangères israélien, être prêt à utiliser la force physique comme les ripostes numériques face à leurs ennemis. Israël venait alors de subir des attaques de pirates saoudiens. Lesquels ont révélé les coordonnées bancaires de plus de 15 000 Israéliens. En retour, les services de renseignement israéliens ont collecté les données de centaines de clients d’une banque saoudienne. Un membre de ces services (présenté comme ayant agi seul, et illégalement) a publié sur Pastebin ces données, avant de confier au quotidien Yediot Aharonot ne pas craindre une « cyberguerre » entre Israël et les pays arabes.
Déjà en 2009 et 2010, Israël, quoiqu’officieusement, a créé le ver informatique Stuxnet, qui s’est attaqué aux installations informatiques de la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr.
Les Etats se cantonnent donc de moins en moins à une posture défensive : cela fait 3 ans, a-t-on appris le 2 janvier, que le Japon finance le développement d’un virus « défensif », c’est-à-dire capable de tracer les attaques… et de les neutraliser. Une mission qui a déjà coûté 2,3 millions de dollars. Il faut dire qu’au Japon, entre les séismes, les tsunamis, les catastrophes nucléaires, l’Etat doit aussi faire face à des attaques de hackers, qui auraient peut-être même accédé à des informations sur des avions militaires et les centrales nucléaires du pays. A ce rythme, la maîtrise technique nippone est sans doute en passe d’irradier de par le monde.
Et en France ? C’est en juillet 2009 que le gouvernement a créé l’ANSSI (Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’Information). Et le gouvernement a décidé de muscler l’instance en février 2011, en lui donnant toute autorité sur l’ensemble des administrations françaises en cas d’attaque, et même sur les opérateurs de télécommunications (pour bloquer le trafic venant de machines lançant des attaques). Et en mai dernier à nouveau, avec la création d’un groupe d’intervention rapide au sein de l’ANSSI.
Fini les joies des révolutions arabes, des DDoS symboliques sur des sites publics ? Le niveau monte certes. Mais les hackers parviennent à quelques coups d’éclats, comme l’intrusion d’un trojan au sein des systèmes d’information des ministères de l’Economie, des Affaires étrangères, ainsi que de l’Elysée, en mars 2011. Ou en ce très riche mois de janvier 2012, les hackers qui ont, sous la bannière d’Anonymous, publié les adresses email et les mots de passe de 221 membres du ministère de la Défense britannique et de 242 membres de l’Otan.
Entre ces tirs croisés, les internautes. Et leurs usages. Et le copyright. Si Megaupload était effectivement un site mafieux qui faisait son beurre d’œuvres protégées, sa fermeture vient rappeler qu’il existe une épée de Damoclès sur tout site web, et qu’au nom du copyright, on peut restreindre la liberté de communiquer via Internet, ou de s’y échanger des fichiers.
Bonne année 2012 quand même !
le journal de personne
23/01/2012
18h02
Internet
Vous croyez y être, mais vous n’y êtes pas. Vous ne croyez pas y être, mais si, vous y êtes.
Internet est le lieu de toutes les médisances, nuisances et vengeances en tous genres.
A l’heure du numérique, les pendules juridiques n’indiquent toujours pas la même heure.
Décalage qui peut vous couter très cher, si vous vous baladez en étant persuadé qu’il n’y a aucune raison pour que quelqu’un vous plante un couteau dans le dos…
C’est pourtant ce qui arrive tous les jours sous nos yeux parce que les visages sont masqués et les messages non signés.
Tout est virtuel, à part les larmes ou le sang, qu’ils font couler…
Vous pouvez toujours faire appel à des nettoyeurs sur le web, qui peuvent riposter en menaçant, en noyant ou en étouffant vos plus proches ennemis.
Mais le plus court chemin reste : la bombe ou la tombe ?
WilnocK
23/01/2012
19h48
Concernant Israel, il semble que de nombreuses attaques en directions des SCADA des agences gouvernementales et autres services d’infrastructure soit en cours depuis bientot 1 mois.
Des failles apparaissent, mais les attaques sont surtout permanentes et extremement precise (selon les lectures que je croise)
2012 va etre bien marrante...