"Open-office possède des pare-feux" - Christine Albanel
La Hadopi a soufflé sa première bougie. Sous respirateur artificiel.
Si jeune et déjà à l’agonie.
Adulée, décriée, ré-adulée... La haute autorité lutte pour survivre.
Mais point d’inquiétude : le gouvernement s’échine à la maintenir en vie, en lui administrant à haute dose des nouvelles compétences.
Toute personne qui a déjà écouté un épisode de Poligeek, connaît la « minute Hadopi » : parenthèse du début d’émission où, sur un ton moqueur, je vante les mérites de cette loi et raille ses détracteurs. Tout ça pour le fun.
Mais au sein des communautés geeks, la Hadopi est un sujet sérieux. Pour les uns, elle est le reflet de l’incompétence la plus complète de nos dirigeants quant au web. Pour les autres, elle s’inscrit simplement dans l’arsenal de lois répressives mises en place ces dernières années.
La vérité se situe à mon avis entre les deux : la Hadopi se voulait être une loi répressive.
Mais c’était sans compter sur un détail : la réactivité de notre système judiciaire : quasi nulle, puisque c’est l’un des plus lents du monde occidental.
Aujourd’hui, force est de constater que personne n’a perdu son accès internet depuis cette loi. Cependant on continue de la mettre en avant, car effectivement, le niveau de compréhension des nouvelles technologies parmi nos classes dirigeantes ne donne pas tout à fait le tournis.
Pour rappel, le bilan du premier anniversaire de la Hadopi peut prêter à sourire : 22 millions d’infractions constatées (très bien), 580 000 mails d’avertissement envoyés (bien), 10 dossiers transmis au tribunal (…).
Alors, LA PRESIDENCE change de ton : la Hadopi n’a officiellement pas rôle à punir, ni même à faire peur. Elle doit simplement dissuader et responsabiliser ceux qui se livrent au téléchargement illégal.
On est loin du ton et de l’ambiance manifestement hostiles qui entouraient cette loi lors de sa préparation, et lorsqu’elle fut finalement votée, dans la douleur. Une phrase de notre ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, me reste particulièrement en tête : « Je suis heureux d’avoir mis fin à cette utopie libertarienne ! » déclamait-il à l’Assemblée il y a un peu plus d’un an, lorsque la Hadopi devint une réalité légale. « Reality bites », pourrait-on dire.
D’ailleurs, Nicolas Sarkozy lui-même, a régulièrement évoqué la loi, en faisant preuve d’une inconstance finalement peu coutumière : la vantant un jour, s’en disant insatisfait l’autre, avant d’appeler à sa refonte totale la semaine suivante.
Il y a une semaine, c’était à nouveau le grand amour entre notre président et la Haute Autorité : il estime qu’elle a fait baisser le téléchargement illégal de 35% (chiffre corroboré par à peu près rien), et souhaite désormais étendre ses compétences à la surveillance des contenus en streaming, jusque là épargnés.
Mais pourquoi donc ?
En fait de baisse de piratage, il semble plus probable que les piratins aient migré vers des solutions de streaming, donc indétectables par la Hadopi.
Il paraît donc logique que cette dernière veuille s’en occuper. Mais… le doit-elle vraiment ?
La création d’une loi induit deux questionnements : la raison d’exister de celle-ci et son efficacité.
La raison de sa création est évidente : mettre fin à une activité illégale.
Quoiqu’on en pense, c’est bien le cas, à 95%, avec le téléchargement par P2P.
Mais alors, cette « noble cause » présente-t-elle un bilan acceptable ?
A l’évidence non. Sans même évoquer le nombre misérable de dossiers transmis aux tribunaux, aucune étude sérieuse n’indique que les Français piratent moins. Au mieux, ils piratent différemment. Il est donc parfaitement absurde que l’on étende le champ de compétence de la Haute Autorité, quand elle peine déjà à satisfaire ceux initialement prévus.
J’aimerais conclure par une considération plus purement politique : l’une des mesures phares du quinquennat Sarkozy était le bouclier fiscal : une idée simple, forte et très caractéristique de l’idéologie portée par l’UMP.
Mais il a été abandonné, car « imparfait et incompris », dixit François Fillon.
Cela a été une décision forte et politiquement courageuse (je sais, c’est très relatif, mais avouer un échec politique demande toujours une certaine dose de courage).
A titre comparatif, la Hadopi n’a pas le poids politique du bouclier fiscal.
L’abroger ne serait donc pas perçu comme une humiliation pour le parti majoritaire.
Alors pourquoi cet acharnement ?
Aunshi Oshovah
2/12/2011
16h48
Bonjour à tous,
Hadopi, cette loi qui a fait couler beaucoup d’encre et encore beaucoup à venir. 580 000 mail d’avertissement, mais qui sont les destinataires ?? Personnellement j’ai un Nas faisant du p2p en H24 je n’ai pas reçu de mail.
Pour moi le bilan d’Hadopi n’est pas à faire sur les actions menées mais sur les conséquence. Un nombre non négligeable de Français payé pour du contenu illégal via de plate forme comme megaupload, megavideo. Je pense que les internaute français sont mure pour un service de type licence global mais nos amis les producteurs de l’entendent pas de cette oreille. Je l’impression qu’ils sont la néo-inquisition anti-progres anti-changement anti-évolution. Le problème de la musique n’est pas les consommateurs. Nous achèterons et écouterons toujours de la musique (par exemple). Notre mode de consommation et les support ont évolué. Ils faut que les moyen de distribution évoluent aussi.
Vous en pensez quoi ??